Du théier à la théière

Du thé pour tous!

Voici ce qu’avait en tête Sir Thomas Lipton lorsqu’il décida d’acheter en 1890 quelques 2 250 hectares de plantations de thé au milieu des montagnes du Sri Lanka, autrefois connu sous le nom de Ceylan.

Démocratiser le thé

En éliminant les intermédiaires et en développant un sens du marketing hors du commun, voila comment Sir Lipton et le Sri Lanka sont devenus un des plus gros exportateurs de thés dans le monde.

Tout commence par un vilain champignon

Le « charbon du cafeier » anéanti tous les caféiers plantés par les colons britanniques dans la région montagneuse de Nuwara Eliya.

Ceux ci sont alors remplacés, un peu au hasard il faut le dire, par des cultures de thé. Etonnement, les arbustes produisent du thé de grande qualité.

Le thé de Ceylan est né.

Visiter le Sri Lanka sans s’attarder par les plantations de thé de la région montagneuse, c’est comme visiter la France sans passer par la Bretagne: un non sens!

Direction Ella

Les plantations de thés ne manquent pas dans la région: Nuwara Eliya, Kandy, Haputale, Ella. Un incontournable de la région est le train entre Kandy et Ella, réputé pour être un des plus scéniques au monde. Oui mais voilà….

Tout est réservé jusqu’au 4 janvier

C’est ce que l’on nous annonce à la gare de Colombo lorsque l’on cherche à reserver nos billets de train.

Coup de tonnerre, le monde s’effondre, les carottes sont cuites. Ça ne va pas du tout, pas question de louper ça! Du coup, ça nous oblige à complètement changer notre planning de voyage. On prend tout et on recommence.
On réussit finalement à réserver 2 places en 3ème classe sur la portion Ella- Haputale. C’est complètement à rebrousse-poil du flot de touristes mais le plus important est assuré: nous sommes sûrs de monter dans le train sur la plus jolie partie du trajet.

Ella ellaaaa touloutoutouu ce je ne sais quoii ♩

Après 4h de route depuis Sigiriya, nous arrivons à Ella. Sur le chemin, on croise pas mal d’animaux: tortue de terre, gros varans…etc. Notre chauffeur nous explique qu’il n’est pas impossible de croiser des éléphants.

Une fois arrivés à Ella, ça commence un peu de travers…

J’ai oublié mon téléphone dans la voiture

Enfin c’est ce que je crois…je m’énerve, je râle, je retourne mon sac pendant 10mn et je le retrouve au fond de mon sac tout ça face à un Tibo très stoïque.

Enfin entre nous bien sûr , c’est un peu la faute de Tibo tout ça…il m’a forcé à acheter un petit sac à dos à Hong Kong pour remplacer mon sac à main en voyage. Forcément, je me retrouve complètement désorganisée du coup et je perds tout. CQFD

Et surtout, il fait froid à Ella!

Bien évidemment, on a un peu oublié de se renseigner sur la météo d’ Ella. Du coup on se retrouve bien dépouvus avec nos shorts et tee-shirts. Le 15 degrés de la nuit est la plus basse température que l’on ait subit depuis 1 an. Même à Hong Kong il faisait plus chaud!

On est à environ 1000 mètres d’altitude et le temps est très similaire aux plantations de thé des Camerons Highlands en Malaisie mais à celles de Puncak en Indonésie

La vue est à couper le souffle depuis notre chambre sur le Ella Rock. On peut même apercevoir la mer au loin.

Le soir, nous partons diner dans la rue principale, ca grouille de touriste. Pour l’authenticité, on repassera!

Après une nuit fraîche, c’est un vrai déluge dehors. Il pleut à gros torrent et la vue est complètement bouchée. La météo nous annonce 3 jours de pluie…ca promet!

Finalement, vers 11h, ca se calme. Nous profitons de l’accalmie pour sauter dans un tuk tuk.

Nine Arches Bridge

Le tuk tuk nous dépose au départ de la ballade pour le Nine Arches Bridge. On se perd un peu dans les plantations de thé avant d’atteindre ce magnifique pont. On n’est pas les seuls à avoir eu l’idée de venir!

Le point d’orgue de la balade, c’est le passage du train. Nous avons de la chance car celui ci passe à 13h30, soit une trentaine de minutes à attendre. Du coup on patiente tranquillement autour d’un banana lassie (ça réveille les souvenirs d’Inde). Soudain tout le monde semble s’agiter, on saute de nos chaises pour trouver le bon endroit photogénique. Après une courte réflexion, nous décidons de nous séparer et d’aller chacun d’un côté du pont pour ne rien louper du spectacle. Tibo est déjà en place, à moi de traverser le pont.

J’en suis à peine au premier tiers que le train s’annonce dans un klaxon tonitruant. Je prends mes jambes à mon coup pour essayer de traverser mais le train arrive déjà alors que je n’en suis qu’à la moitié. Je sors en vitesse mon appareil photo. Je suis toute emberlificotée dans mes lanières. Le temps de prendre 3 clichés flous et mal cadrés, le train est deja parti…échec cuisant 😂 Tibo s’en est un peu mieux sorti!

Longer les chemins de fer

Dans cette région, la plus part des chemins de randonnée passent à un moment où un autre par les rails de chemin de fer. C’est bien souvent le moyen le plus rapide de rejoindre un point à un autre. Du coup, nous voici sautillant d’un rail à l’autre depuis le Nine Arches Bridge. Vingt minutes plus tard nous arrivons à la gare de Ella, super efficace!

En cas de passage du train? Il suffit juste de sauter sur le côté quand il s’annonce et attendre qu’il passe!

Ella’s Rock

De retour à Ella et après une pause déjeuner, nous décidons de poursuivre l’exploration tant qu’il ne pleut pas trop.

Nous partons en direction de Ella’s rock, le pic rocheux en face de chez nous. La ballade complète étant assez longue et nécessitant un guide, on choisit l’option la plus simple qui est de suivre un chemin alternatif en longeant les rails jusqu’à un point de vue sur la cascade.

L’occasion pour nous de croiser le dernier train du soir en provenance de Kandi.

D’Ella à Haputale en train

Le moment tant attendu est enfin arrivé. Réveil matinal à 5h15 pour attraper le train de 6h30 à la gare de Ella où deux places en 3ème classe nous attendent.

Petit miracle météorologique, la pluie a laissé place à un grand ciel bleu.

Comme souvent, ce trajet en train est particulièrement photogénique.

Les couleurs du lever de soleil sont merveilleuses et la traversée jusqu’à Haputale est jolie .


Mais est-ce que ça valait le coup de changer tout notre programme pour ça? Pas complètement…

Haputale, plantations de thé et Lipton’s seat

Nous arrivons une heure plus tard à la gare d’Haputale.

Les tuk tuk nous sautent dessus mais nous voulons absolument louer un scooter. No scooter here, only tuk tuk nous répond-on. On tient fermement notre position et finalement un scooter apparaît par magie.

Nous partons en direction de la Dambatenne Tea Factory, point de départ de la ballade du Lipton’s seat.

Rappelez vous Thomas Lipton et ses 2250 hectares de plantations de thé… Sir Lipton avait pris pour habitude de marcher jusqu’au plus haut point de sa plantation et de s’y assoir pour observer son gigantesque empire.

À notre tour de suivre ses traces…mais à scooter (meme si la balade à pied est toujours possible et recommandé)

Nous y croisons les tea pluckers, ces femmes tamouls chargées de la cueillette du thé, venues d’Inde sous l’impulsion des colons britanniques il y a presque 200 ans.


Je suis sans voix face à la beauté de ces champs de thé à perte de vue, de ces écoliers qui rentrent de l’école au milieu des plantations, de ces femmes qui cueillent une à une les feuilles de thé.

Au sommet de la plantation, le Lipton’s seat nous attend.


Pendant tout notre séjour dans les montagnes, pas une seule fois nous n’auront vu des machines récolter le thé. De quoi se rappeler qu’avant de se transformer en sachet de thé à infuser, il y a un sacré boulot derrière tout ça!

Dambatenne Tea Factory

Après avoir observé la cueillette du thé, nous décidons de visiter la tea factory originellement construite par Lipton en 1890. Celle-ci appartient maintenant au groupe Dambatenne, qui en plus de posséder l’usine, possède également les plantations de thé.

Un peu comme Michelin il y a quelques années, Dambatenne a développé un système communautaire complet: outre les plantations et l’usine, on y trouve les maisons des tea pluckers, organisées en quartier, un hopital avec un maternité, de temples hindous ( les tamils ne sont pas bouddhistes mais hindous contrairement à la majorité des Sri Lankais ), une école…etc

Les photos sont interdites mais voici (dans les grandes lignes), le process de fabrication du thé noir. (+ quelques photos prises sur google)

1. Les feuilles collectées par tea pluckers sont montées à l’étage le plus haut de l’usine. Il y a environ 10% de déchets (tiges, feuilles abîmées). Cependant aucun tri n’est effectué à ce moment là.

2. Les feuilles sont étalées sur de grand rack pour être pré-sechées à l’air ambiant pendant environ 14h. L’ojectif est de réduire la teneur en eau de 40% . Imaginez un ventilo, c’est l’idée.

Copyright @dontstopliving.net

3. Les feuilles sont ensuite jetées dans un genre de pilon géant qui va réduire les feuilles en pâte/poudre épaisse.

4. Cette poudre est tamisée et la partie la plus fine est étalée directement sur le sol en grand rectangles de 2m x 3m, sur une épaisseurde 5cm. C’est alors que débute la fermentation, caractéristique du thé noir. Odeur, couleur et goût vont se révéler pendant les 2 prochaines heures.

Copyright @tripadvisor

5. La poudre est alors récupérée, nettoyée (un système de cyclindre permet d’enlever les particules marrons correspondants aux 10% de déchets).

6. Elle est ensuite séchée pendant 200mn à une température qui ne nous a pas été divulguée. En gros, les feuilles sont passées au sèche cheveux.

7. Les 26% de masse sèches restantes sont alors triées par taille de particules. Plus c’est fin, plus c’est fort et plus c’est cher.

Le thé est classifié selon des acronymes que le guide essaye de nous expliqué mais ca reste franchement confus. Du coup, après quelques recherches, voici une partie des explications.

Copyright @ Le parti du thé :

Flowery Pekoe (FP): Feuille entière et un bourgeon

Orange Pekoe (OP): Aucune allusion à un thé à l’orange mais juste un hommage aux princes d’orange, la famille royale de Hollande…les premiers à avoir importer du thé.

Signifie que l’on a cueilli 2 feuilles et le bourgeon terminal arrivé à maturité.

▫ Flowery Orange Pekoe (FOP): Ce thé comportera des bourgeons non matures et les 2 feuilles suivantes du rameau.
Et ainsi de suite pour les thé en feuilles entières.

Ces appelations sont pour les feuilles entières. Si les feuilles sont brisés, il suffit de rajouter un B pour Broken : BOP pour broken orange Pekoe par exemple.

On trouve également des feuilles broyées, parfaites pour des infusions rapides mais je vous laisse regarder ça sur le site www.lepartiduthe.com

La visite était rapide et on se croirait dans Germinal de Zola en terme de conditionde travail mais c’était plutôt intéressant.

Le monastère d’Adisham

Nous profitons également d’être dans les environs d’Haputale pour aller visiter le monastère Adisham. Suprenant bâtiment…

Le temps d’acheter quelques lentilles corail et piments sechés au marché et nous revoila à la gare.

Nous avons découvert que meme si le train est totalement réservé, il est toujours possible d’avoir des tickets dans les 30 mn précédent le passage du train. Pas contre, pas de place réservées et en l’occurence il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde. Tout le monde est debout et compressé de tous bords. Impossible de profiter du paysage, heureusement que le trajet du matin était plus calme!

Une heure plus tard, nous sommes de retour à Ella pour notre avant dernière nuit dans les montagnes.

Little Adam peak et cooking class

Après une nuit glacée, nous nous réveillons complètement transits de froid. Et si on pensait se rechauffer sous une douche chaude, c’est raté. L’eau est gelée!

Du coup, rien de tel qu’une petite rando pour se réchauffer. Nous décidons d’aller grimper le Little Adam Peak, une randonnée bien connue de la région.

Nous avons encore une fois de la chance puisque le ciel bleu apparaît juste le temps de la rando.
Ca commence par une petite marche dans les plantations de thé où les cueilleuses de thé ont bien compris la combine et monnaient leur portrait.

Ensuite, il s’agit de monter le pic et de découvrir la vue à 360 degrés. À couper le souffle!

L’après-midi nous partons en scooter voir les chutes de Ravana puis nous repartons nous perdre dans les plantations de thé.


La journée se conclue par un cours de cuisine Sri Lankaise ( j’y reviendrai dans un autre article) où nous rencontrons un couple australo-irlandais et une malaisienne avec qui nous sympathiseront pour la soirée.

Fini le froid des montagnes, il est deja temps de partir pour le parc d’Uwalawa, à la découverte des éléphants.

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