Tanah Toraja, ôde à la mort

Peut-on se libérer de sa culture?

Bac de Philo 2017, série S

Voila en substance l’objet de notre pensée, depuis notre arrivée au Pays Toraja.

Note: mon objectif photo ayant rendu l’âme à peu prêt 10mn après notre arrivée, ca sera donc un mix de photos floues et de photos de mauvaises qualité…

La fin du Ramadan rime avec début des vacances pour nous. Cette année nous mettons le cap sur le Sulawesi Sud et central pour 15 jours.

La première étape de notre fastidieux périple est le pays Toraja. 

Pour nous rendre dans le pays Toraja, la première étape de ce voyage est un vol de 2h depuis Jakarta jusqu’à Makassar, dans le sud du Sulawesi. Puis direction la gare routière à 30 minutes de l’aéroport.

De là nous prenons un bus de nuit grand luxe, ce soir nous dormons dans un vrai lit!

Si l’idée peut paraître alléchante, c’est en fait une fausse bonne idée. La route cabossée et un peu tortueuse nous fait balloter de droite à gauche pendant toute la nuit. C’est donc avec à peine une heure de sommeil au compteur que nous arrivons à Rantepao, notre point de chute. 

La prochaine fois, on se contentera des sièges inclinables ultra confortables et qui ont le mérite de bien caler.

À peine descendus du bus, nous sommes accueillis par Tenning, le chauffeur attitré de notre homestay.Déja éblouis par le paysage, nous arrivons quelques minutes plus tard à la Ne Pakku Family House. Nous allons séjourner dans la maison familiale de Meyske, au milieu des greniers à riz et des maisons traditionnelles Toraja, appelés également  Tongkonan.

Cette adresse nous a été soufflée par une copine et vous verrez plus tard que cet endroit, et surtout notre hote, ont été un énorme coup de coeur.

Le rez de chaussée est dédiée à Meyske et sa famille. Elle vit avec sa mère et sa grand mère de 83 ans au rez de chaussée tandis que les guests sont logés à l’étage.

Meyske a une trentaine d’année comme nous et a lancé son business il y a environ 6 mois.

Malgré des études de sage-femme puis de professeur à Jakarta, elle est retournée au pays Toraja à la demande de sa mère. Ici les enfants ont la responsabilité de leur parents. À Meyske l’obligation de s’occuper de sa mère et sa grand mere…

A son retour, impossible de trouver un poste de sage femme ou de professeurs. Elle s’est donc lancée toute seule dans l’accueil des touristes en construisant par elle même l’etage de sa maison, dédiée aux hotes.

Au premier abord, la maison semble pour le moins basique: douche au baquet, toilettes à la turque, murs défraichis…mais dès que nous montons à l’étage, un endroit cosy nous y attend. Une salle de bain pour les hotes est même en préparation. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Meyske se plie en 4 pour faire plaisir à ses invités!

A peine arrivés, nous sommes accueillis par un bon thé chaud et quelques cookies à la mode Toraja.

Lors de notre réservation, nous avions bien spécifié à Meyske que nous ne voulions pas trop rester dans les sentiers touristiques car le pays Toraja commence à être très populaire. Notre demande a été reçue 5 sur 5 et Meyske nous propose le programme suivant:

Notre premier jour sera dédié à l’exploration nord du pays Toraja, nous irons ensuite faire 2 jours de treks à l’extérieur du pays Toraja (je suis sur le moment un peu septique sur l’idée mais finalement ce sera génial) puis le quatrième jour sera dédié à une cérémonie funéraire dans la famille de Meyske ainsi que l’exploration du sud.

Pour la première journée, nous nous déplacerons en voiture avec Meyske comme guide. Et ça c’est une sacrée chance car c’est une vraie passionnée de la culture Toraja.

A peine quelques kilomètres parcourus que Meyske nous propose un premier stop inattendu. Nous avons la possibilité de joindre une des plus grosses cérémonies de l’année et aujourd’hui c’est le « bloody day » de la ceremonie…le jour des sacrifices.

Nous acceptons l’invitation et nous nous retrouvons donc en pleine cérémonie. D’autres touristes sont là, attendant comme nous de voir le sang couler, le temps pour Meyske de nous éclairer sur le sens de ces funérailles.

Dans chaque famille Toraja, la mort est célébrée d’une manière bien particulière. 

A la mort d’une personne, celle-ci est toujours considérée comme vivante mais malade jusqu’à l’organisation de ses funérailles. Les proches continuent donc de s’occuper du « mort-malade » en l’habillant, en nourissant, en le faisant fumer des cigarettes, en lui parlant etc…

Le corps subit un process de momification (à base de formol) pour limiter sa décompostion et reste à l’interieur de la maison familiale.

Quand la famille est prête à organiser les funérailles (cela peut prendre quelques mois à plusieurs années), une cérémonie très codée et onéreuse se déroule alors en présence de nombreux invités.

Le point d’orgue de chaque cérémonie est le sacrifice de buffles et de cochons, le bloody day. Plus il y aura de buffles sacrifiés,  plus la ceremonie sera prestigieuse et plus le mort aura de chance d’atteindre la Puya, le paradis Toraja.

Un buffle albinos et c’est le jackpot, route directe vers le paradis! La croyance voulant que la carte pour accéder au paradis soit inscrite sur le pelage du bovin… Prévoyez tout de même plus de 60 000 euros pour vous offrir ce luxe! 
Un buffle aux cornes sur développées à cause d’une castration précoce sera signe d’honneur pour le mort.

Bref il fait bon d’être un éleveur de buffles au pays Toraja! 

Offrir des funérailles décentes à sa famille est donc le but ultime des Torajas qui passent leur vie à economiser suffisement d’argent pour acheter les buffles qui honoreront chaque mort. Imaginez donc la poids de la culture Toraja, chaque roupies gagnée est mise de côté et réinvestie dans l’achat des buffles. D’où notre questionnement: une telle culture peut-elle, doit-elle, survivre dans notre monde actuel?

Revenons à notre cérémonie, ici pas moins de 48 buffles sont offerts pour le prestige du mort…bien évidement buffle albinos et buffle à longue corne sont présents.

Alors, à la tache noire en haut à droite, tu tournes à gauche et tu seras au paradis
Buffalo eunuque

Parfois les amis du mort offrent un ou plusieurs buffles à la famille qui deviendra redevable du même nombre de buffles lors des prochaines funérailles de la famille, c’est inscrit dans un registre qui répertorie qui doit quoi à qui. Cette astuce permet de donc de limiter les coûts de funérailles et de reduire le temps entre le décès et la ceremonie.

Lors de la cérémonie et avant le sacrifice, certains buffles peuvent être épargnés et donnés aux églises ou au village du mort. 

Nous assistons donc au choix des buffles à épargner. La famille propose à chaque église de choisir le buffle de leur choix, au grand damne des amis ou membres de la famille qui ont offert un buffle et ne souhaitent pas le voir repartir aux mains de la communauté. 

Motif toraja

S’en suit une dispute sans fin où les guerres d’ego occultent le cérémonial. Cela fait deja plus de 2h que nous assistons à cette guerre des chaumières et nous ne sommes pas sûrs de vouloir passer la journée à attendre… Nous demandons donc à Meyske de continuer notre balade dans le nord Toraja.

Notre second arrêt est une cave ayant autre fois servie de sanctuaire pour les cercueils. Nous arrivons dans un endroit irréel, cernés par des crânes, tibias et os en tout genre, aux milieux des cercueils évantrés. L’endroit est étrange, Meyske nous explique qu’après les ceremonies funeraires, les morts sont enfermés dans ces cercueils sculptés, eux même insérés dans des interstices creusés dans la roche. 

Cercueil gravé

L’arrêt suivant est un endroit un peu plus touristique dont j’ai oublié le nom… c’est un lieu de culte où peuvent avoir lieu des cérémonies de mise en tombe dans la roche (désolée je maitrise mal le vocabulaire funéraire mais je pense que vous avez compris l’idée!) Le lieu est empli de mégalithes, à peu de chose on se croirait à Carnac (BZH represent 🤘)

A ce même endroit, nous découvrons les « baby graves », l’histoire est poétique…

Le bébé est derrière la grille noire

Lorsqu’un bébé meurt (à condition qu’il n’ait pas encore de dent et moins de 2 ans) son corps est enfermé dans un arbre. Il existe 2 versions pour expliquer cette coutume: la première est simplement qu’ainsi le bébé retourne à la Terre, sa créatrice. La deuxième c’est que le bébé peut alors se nourrir de la sève telle le lait maternel et continuer de grandir d’une certaine manière…je vous laisse choisir la version que vous préférez!

Nous continuons notre chemin en direction d’une autre cérémonie à plus de 2h de voiture. Dans tous les cas, même si nous n’avons pas assez de temps pour atteindre le lieu de la cérémonie, Meyske nous promet des paysages grandioses! 

Et c’est bien le cas, les rizières sont sublimes, parsemées de maison Toraja. Nous nous arrêtons pour dejeuner en face d’un tapis de rizières, c’est beau! 

La route se poursuit en voiture, de plus en plus chaotique mais toujours aussi belle! 

Nous nous arrêtons sur le bord de la route pour assister à une bataille de buffles inattendue. Les villageois font concourir les bêtes 2 à 2, on se croirait aux ferias. C’est assez marrant de voir les buffles se courir derrière ou se faire la malle dans le village mais je suis la première a déguerpir quand je vois un buffle nous foncer droit dessus, le spectacle est assuré! 

Nous passons ensuite devant d’autres tombes dans la roche, un peu plus touristiques celles-ci avant de continuer la route à travers des rizières toujours plus belles. Cependant, la fatigue commence à bien nous gagner, à tel point que Meyske nous propose de rentrer à la home stay.

Nous faisons un rapide stop par le marché pour acheter le diner du soir ainsi que du café pour les collègues de Tibo. Le café Toraja (arabica ou robusta) est une vraie religion ici!

A notre retour à la homestay, nous y croisons la soeur d’un copain de Jakarta, en vacances pour quelques jours au pays Toraja. Elle aussi est sous le charme de cette région.

Toujours hyper attentionnée pour ses hôtes, Meyske nous fait chauffer une bassine d’eau chaude pour la douche afin de nous éviter de mourir de froid!

Rejoints un peu plus tard par des autrichiens complètement  perchés  et probablement défoncés, nous partageons une dernière bière avant de nous coucher.

A demain! 

Je partage les infos pratiques:

  • Compagnie de bus Bintang Prima. Depart sleeping bus à 9h et 21h – Trajet de 7h
  • Guesthouse Ne Pakku Family (Meyske) via air bnb

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